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dimanche 22 mai 2011

(1) LA DESTRUCTION DES INDES de BARTOLOMÉ de LAS CASAS (1ère partie)



Je me m'étendrai pas ici sur la vie de Bartolomé de Las Casas (BdLC par la suite) ; il est trop connu et face à cette grande figure de l'humanité, je ne m'imagine pas la réduire en quelques lignes. Rien que sur le site Wikipédia, sa biographie représente une dizaine de pages imprimées. Je rappellerai juste que cet Espagnol est né à Séville en 1470, ou vers 1474, ou vers 1484 ou 1485 (cela dépend des sources) et qu'il meurt assurément en 1556. Entre ces repères chronologiques, c'est une vie "é - norme" : une prodigieuse capacité à s'indigner, à réagir et à chercher des remèdes ; des certitudes inébranlables et des engagements profonds ; des actions magnifiques, une œuvre considérable et tumultueuse, des combats infatigables et pacifiques ; un courage qu'on ne peut imaginer. Mais tout cela ne constitue que des mots alignés, j'en suis conscient, par rapport à la majesté et la grandiose "densité" du personnage. Pour faire très très bref, ce fils et neveu de compagnons de C. Colomb (deuxième voyage), débarque en 1502 dans le Nouveau Monde, participe d'abord à son exploitation en s'occupant d'une encomienda, une colonie agricole, sur l'île d'Hipaniola (île de Saint-Domingue et d'Haïti), puis se tourne vers la prêtrise. Révolté par la condition des indigènes, BdLC devient le défenseur des Indiens, propose des réformes économiques et sociales pour sauvegarder leurs vies, entre dans l'ordre des Dominicains, débat, controverse, se défend et critique sans cesse, et en définitive parvient à atteindre les plus hautes autorités espagnoles. En 1542, il présente à l'empereur Charles Quint le résumé (ou une ébauche) de la Brevisima relacion de la destruccion de las Indias dans laquelle il décrit les cruautés des Espagnols et les souffrances subies par les Indiens. En dépit des furieuses polémiques déclenchées par ce réquisitoire, le Pouvoir indigné prend de nouvelles lois visant à protéger les Indiens, lois qui seront assez rapidement abrogées en raison des violentes réactions dans le Nouveau Monde. BdLC rédige ensuite son ouvrage majeur "L'Histoire des Indes" (Historia de las Indias) et un ouvrage moral sur les vertus des Indiens "L'Histoire apologétique" (Apologética Historia de las Indias) ; parallèlement, il continue à débattre, à écrire, à influencer les missionnaires, à justifier sa cause, à critiquer les colons, à dénoncer les pillages et les cruautés de toutes sortes. Il fut évidemment un homme attaqué, menacé, moqué, controversé, une partie de son oeuvre fut interdite, mais jamais il ne cessa son combat. Il le fera jusque dans son testament, en 1564, avant de mourir en 1566 (à Madrid).

Il existe plusieurs livres présentant une traduction de la "Très brève relation de la destruction des Indes". Je citerai notamment le texte adapté par Jérôme Vérain dans La Petite Collection, aux Editions 1001 Nuits (Paris 1999) ou le texte traduit par Franchita Gonzales Batlle aux Editions La Découverte, collection La Découverte poche (Paris 2004). J'ai choisi de mettre en avant La Destruction des Indes (1552) des Editions Chandeigne (Paris 1995, révision en 2000) mais, pour ne point discriminer les livres cités, j'ai placé à côté de la une en couverture jaune des Editions Chandeigne, la une du livre des Editions La Découverte et celle du livre des Editions 1001 Nuits. Et j'y ai ajouté une représentation laudative de BdLC sous forme d'un timbre mexicain de 1933 (d'une valeur actuelle de... 0,30 € d'après le catalogue 2008 des Editions philatéliques Yvert & Tellier, sit transit gloria mundi).

La suite à lire dans la 2ème partie.

mardi 10 mai 2011

"MONTEZUMA"




Comme elle apparaît grandiose, dans ce livre (MONTEZUMA, Edition Fayard 1994), la vie de l’empereur Montezuma, Huey Tlahtoani Colhuatecuhtli Moteuczoma Xocoyotzin, le Grand Orateur et Seigneur des Colhuas, Montezuma le Vénérable Cadet (pour le distinguer du premier Montezuma), souverain de l’Anahuac, le monde connu.



En 252 pages seulement et neuf chapitres, M. Graulich réussit l’exploit de nous décrire le monde aztèque au faît de sa puissance et de ses certitudes, dans la formidable ascension du petit peuple errant des Mexicas, avant les signes et présages avant-coureurs d’une catastrophe, à travers le souverain à l’éducation princière, grand guerrier conquérant, réformateur, chef intransigeant et sans scrupule, être orgueilleux placé au dessus des humains.



Ces chapitres ont les suivants : (1) L’ascension des Mexicas. (2) L’éducation d’un prince aztèque. (3) La guerre du soleil levant. (4) Les années de réforme. (5) Premières campagnes. (6)La vie quotidienne d’un souverain mexicain. (7) L’époque du Feu nouveau. (8) Les signes avant-coureurs de la chute de l’empire. (9) L’empire à son apogée.



Mais d’emblée on comprend que le Seigneur du monde connu est au cœur d’un cercle vicieux d’un ordre fragile dont l’extension spatiale et la recherche de toujours plus de richesses deviennent des buts en soi, alors même qu’il est écrit qu’il doit fatalement disparaître à terme. Dans cet ordre instable, écrit Michel Graulich page 55, « un chef devait se montrer très généreux, voire humilier ou obliger ses rivaux par ses prodigalités. Si ceux-ci n’étaient pas en mesure d’en faire autant, ils perdaient la face et admettaient leur infériorité. L’État devait donc se défendre et payer (ou récompenser). Pour cela, il lui fallait s’emparer de richesses de plus en plus importantes au fur et à mesure que l’empire grandissait. Il était pris dans un cercle vicieux. Pour conserver les nouvelles acquisitions, il fallait des armées, des alliés et donc des tributs. Pour se procurer ces moyens, il fallait conquérir et accroître l’empire. Pour protéger ces nouvelles conquêtes, il fallait de nouveaux trésors et de nouvelles guerres. » Dans la conception du monde et selon les mythes des Mésoaméricains, cet empire dominateur est la 5ème ère, le 5è Soleil où dominent les dieux des Mexicas : Tezcatlipoca et Huitzilopochtli, qui ont chassé le dieu du 4ème Soleil, Quetzalcoatl le Serpent à plumes, car chaque Soleil est l’enjeu d’une lutte entre les divins frères ennemis Tezcatlipoca et Quetzalcoatl dans laquelle l’un chasse l’autre et domine en alternance. Et nécessairement, Quetzalcoatl doit revenir et détruire le Soleil aztèque. Le grand empereur est alors le maître d’un monde à l’évidente précarité.



Alors, en définitive, comme elle est pitoyable, dans ce livre, la vie du pauvre Montezuma, prince rempli de terreurs superstitieuses, maître angoissé d’un monde qu’il sait voué à disparaître, pathétique dans ses ruses et traquenards pour repousser les Espagnols puis pour se les acoquiner, pris rapidement au piège des ambitions sans scrupules des conquistadores.



En 178 pages seulement, six chapitres et un épilogue, M. Graulich nous décrit avec génie la pièce de la catastrophe, depuis l’arrivée des « être sortis de l’eau céleste » au « roi tué par les siens », les actes successifs où peu à peu les évènements échappent au Seigneur de l’Anahuac au fur et à mesure de l’avance espagnole jusqu’à sa captivité en son propre palais, déshonoré, manipulé, puis le dénouement dramatique, le tlahtoani invectivé et frappé en définitive par son peuple.


Les cinq chapitres sont les suivants après les 9 premiers précités : (10) Les être sortis de l’eau céleste. (11) Le Serpent à Plumes. (12) L’empire se lézarde. (13) Les pièges de la vallée de Puebla. (14) La cité ceinte d’émeraude. (15) Le roi sacrifié.



N’y a-t-il pas plus poignant que la confrontation des deux mondes personnifiée par la première rencontre de Cortés et Montezuma, plus émouvant que le discours fataliste et soumis du souverain Mexica repris par M Graulich page 377 : « Je ne suis pas tout simplement en train de rêver, je ne suis pas uniquement en train de faire des songes, je ne vois pas ceci seulement dans mon sommeil, je ne fais pas que rêver de te voir, car je t’ai vu face à face. J’étais envahi de mauvaises impressions depuis cinq ans déjà, depuis dix ans déjà. J’ai regardé là-bas, vers l’endroit inconnu d’où tu es sorti, d’entre les nuages, d’entre les brouillards. (…) Et, maintenant, cela est arrivé, tu es venu ; tu as souffert bien des fatigues, tu es las ; approche-toi de la terre, repose-toi ; va faire connaissance avec ton palais, repose ton corps ; qu’ils approchent donc de la terre, nos seigneurs ! » (Sahagun CF 1. 12, 1983 : 81.)




Ce discours aurait sans doute mérité d’être rapproché des paroles du discours d’accueil de Montezuma, rapportées par Cortez lui-même, et qui marquent encore davantage cette allégeance : « Il y a bien longtemps que, par nos livres, nous avons appris de nos ancêtres que ni moi ni aucun de ceux qui habitent cette contrée n’en sommes les naturels ; nous sommes étrangers et nous sommes venus de pays lointains. Nous savons aussi que ce fut un grand chef, dont tous étaient vassaux, qui nous amena dans ce pays (Quetzalcóatl) ; il retourna dans sa patrie d’où il ne revint que longtemps après, et si longtemps qu’il retrouva ceux qu’il avait laissés derrière lui mariés avec les femmes de la contrée et vivant en famille dans les nombreux villages qu’ils avaient fondés. Il voulut les emmener avec lui, mais ils s’y refusèrent et ne voulurent même pas le reconnaître comme seigneur. Alors il repartit. Nous avons toujours cru, depuis, que ses descendants reviendraient un jour pour soumettre ce pays et faire de nous ses sujets ; et d’après la partie du monde d’où vous me dites venir, qui est celle où le soleil se lève, et les choses que vous me contez de ce grand seigneur ou roi qui vous a envoyés, nous croyons et tenons pour assuré que c’est lui notre seigneur naturel ; d’autant plus que, depuis longtemps, il est, dites-vous, au courant de nos affaires. Soyez donc certain que nous vous obéirons et que nous vous reconnaîtrons pour maître au lieu et place du grand roi dont vous parlez. "



Montezuma coupable jusque bout : « mort et suicidé à la fois », « prisonnier de ses mythes », « victime de ses mythes », « captif…………de son sentiment de culpabilité à l’égard d’un dieu que les Mexicas avaient persécuté ».


Lisez ce livre qui vous plonge dans l’apogée et la chute de l’empire aztèque à travers les contradictions d’un être humain.

lundi 11 avril 2011

"LE CONQUERANT DE L'IMPOSSIBLE"





Cette biographie de Cortés (1485 – 1547), LE CONQUÉRANT DE L’IMPOSSIBLE, se lit passionnément comme un roman, parce que, osons l’horrible cliché, la vie de Cortés est un roman ! Un roman noir néanmoins puisque la vie de Cortés conduit à la mort d’un empire et d’une civilisation, échéance fatale qui n’apparaît pas trop à la lecture de ce livre. A l’évidence, M. Bennassar aime Cortés, il cherche à saisir les mille facettes et contradictions apparentes de ce «personnage improbable » (titre de l’introduction); il est fasciné par cet « architecte du futur » (titre d’un des chapitres), son charisme, son génie manipulateur, ses dons d’organisateur et son dynamisme créateur, son ambition insatiable, ses amours ; il est touché par ses déboires, ses doutes, ses erreurs et ses échecs. En tout cas, le livre a le mérite, un, de ne pas se focaliser sur la campagne de conquête des années 1519 – 1521 qui voient la chute de l’empire Mexica sous les coups de l’armée du conquistador et de ses alliés indiens et, deux, d’aller bien au-delà de la facile description du reître cruel, cupide et cynique, sans tomber non plus dans la recherche nostalgique d’un autre Alexandre Le Grand. En outre, un très grand intérêt du livre réside, à travers les aléas de la vie du conquérant, dans la description de l’organisation politique, économique et sociale qui s’amorce dans la Nouvelle Espagne.


Le livre commence par une sorte de préambule intitulé LE MONDE D’HERNAN CORTÉS, qui répertorie les principaux personnages apparaissant dans le livre, en distinguant : (1) La famille, (2) Les compagnons de la conquête, (3) Rivaux et adversaires [sous-entendu espagnols], (3) Les hommes du roi, (4) Les religieux, et en dernier (5) Les Indiens. Pour ces derniers, huit noms sont donnés. Le monde indien : huit petits noms parmi lesquels celui de Malintzin alias La Malinche, l’interprète et l’amante, qui fut toujours loyale aux Espagnols.


La biographie est composée ensuite de trois parties.


La première partie traite du CONQUÉRANT avec cinq grands chapitres : (1) Hernan Cortés sort de l’ombre. (2) La moitié obscure d’une vie. (3) Cortés et l’armée de conquête. (4) Entre deux mondes, Cortés architecte du futur. (5) La longue marche, Aux limites de la conquête.


La deuxième partie va DU TROMPHE AU DÉSENCHANTEMENT et comporte aussi cinq grands chapitres : (6) Le nœud de vipères et le magicien. (7) Éblouir l’Espagne. (8) Une vie de seigneur. (9) Les rêves de la mer du Sud. (10) Une très longue attente.


La troisième partie trace, en profondeur, des ESQUISSES POUR UN PORTRAIT avec toujours cinq grandes parties : (11) Un personnage charismatique. (12) L’homme couvert de femmes. (13)Cortés et les Indiens, Sous le regard de l’autre. (14) Cortés, le pouvoir et la richesse. (15) Un homme de légendes.


Enfin, la conclusion est plutôt provocatrice car sous une question se cache sans doute une affirmation : UN MODELE CORTÉSIEN ?


La chronologie est dite sommaire dans la table des matières, elle est en fait suffisante, lisible et bien faite pour le commun des mortels qui maîtrise peu l’époque en question.


Ouvrage à lire par conséquent, puisque de toute façon, pour nous autres, passionnés de culture et d’histoire Mexica, il vaut mieux bien connaître l’ennemi par qui le scandale de la destruction est arrivé. Mais quel sentiment d’amertume tirons nous de la lecture de certaines pages : certes, la catastrophe démographique du fait notamment des épidémies a été imprévisible ; certes, la réduction au statut d’esclaves de nombreux Indiens et la peine du marquage au fer étaient des usages de l’époque ; certes, la conquête peut s’expliquer parce que le monde indien était « divisé contre lui-même » en raison notamment du ressentiment et de la peur engendrés par le système impérialiste aztèque ; certes, il faudrait voir dans les cruautés des conquistadors nulle hypocrisie car ils étaient portés par leur foi chrétienne et le désir d’évangélisation ; certes, Cortés n’aurait pas souhaité détruire la fabuleuse Tenochtitlan et il aurait également déploré le sort du dernier tlatoani Cuauhtémoc, mort ignominieusement pendu. Certes, certes…………