Les deux rives est une nouvelle extraite du recueil L'oranger de Carlos Fuentes, publié en 1993. Cette nouvelle est présentée sous forme bilingue, en espagnol et en français, par les Éditions Gallimard, Folio, 1995 et 2007, et est traduite de l'espagnol (Mexique), préfacée et annotée par Céline Zins.dimanche 3 novembre 2013
LES DEUX RIVES - LAS DOS ORILLAS DE CARLOS FUENTES
Les deux rives est une nouvelle extraite du recueil L'oranger de Carlos Fuentes, publié en 1993. Cette nouvelle est présentée sous forme bilingue, en espagnol et en français, par les Éditions Gallimard, Folio, 1995 et 2007, et est traduite de l'espagnol (Mexique), préfacée et annotée par Céline Zins.LA MORT DES DIEUX, RÉCIT DES TEMPS AZTEQUES (1325 - 1521) DE TRISTAN CHALON
Ce récit évoque la vie d'une famille à travers l'épopée tragique de la civilisation aztèque. Depuis la fondation de Mexico (1325) jusqu'à l'apocalypse de la conquête espagnole (1521), cette famille de guerriers, de prêtres, de juges connaît une évolution contrastée, faite de réussites et d'échecs, de gloire et d'oubli, de périodes de faveur et d'éclatantes disgrâces. Son évolution suit les transformations de la tribu errante et misérable des Aztèques en un peuple maître d'un brillant empire bâti pour l'éternité. Mais, soudain, un danger mortel menace cette civilisation étrange, si raffinée et si sombre, qui allie le goût du sang et l'atrocité des sacrifices humains avec l'épanouissement de tous les arts. En vain les Aztèques invoquent-ils alors les dieux : les dieux, hélas, ne répondent plus. (texte tiré de la quatrième de couverture)samedi 11 juin 2011
LA FILLE DE MONTEZUMA, UN ROMAN DE H. RIDER HAGGARD

mercredi 25 mai 2011
(2) LA DESTRUCTION DES INDES de BARTOLOMÉ de LAS CASAS (2ème partie)

Le texte des Editions Chandeigne (Paris, juin 1995, 2è édition révisée, septembre 2000) correspond à la réédition par Guillaume Julien, à Paris, en 1582, de la traduction française de Jacques de Miggrode. Cette traduction avait été éditée une première fois à Anvers en 1579 pour informer les Provinces Unies des Pays Bas de la cruauté des Espagnols et dénoncer les atrocités commises par eux dans les terres qu'ils colonisaient. Le texte des Editions Chandeigne est illustré des reproductions des gravures de cuivre de Théodore de Bry, parues en 1598 dans une édition latine en Allemagne. Ces images représentent presque toujours des actions violentes des Espagnols, tortures, massacres, supplices, etc., et sont placées à des endroits correspondant bien aux descriptions de la narration. Par conséquent, c'est une présentation dirigée sous forme de propagande anti-espagnole, de la fin du 16è siècle, qui est offerte au lecteur, le texte restant bien entendu celui écrit par Las Casas dans un but qui, lui, n'était pas politique, ni dirigé contre son propre pays.
La relation est précédée d'une très intéressante introduction (de 70 pages sur les 251 du livre) de Alain Milhou qui retrace clairement, entre autres, les étapes de la conquête et de la colonisation espagnoles, l'état d'esprit et la philosophie de Las Casas, ainsi que "le courant minoritaire, mais actif, de défense des indigènes" dans lequel il s'inscrivait. La relation est suivie d'une non moins très intéressante analyse iconographique de Jean-Paul Duviols, dont le titre est Le miroir de la tyrannie espagnole. Dans cette dernière partie, J.P. Duviols explique le but recherché de l'illustrateur, retrace l'histoire des gravures avant de reprendre chaque image pour l'analyser.
La relation elle-même présente les Indiens comme "des gens très simples, ..., sans malice, très obéissants et très fidèles,..., fort humbles, forts patients, très pacifiques et paisibles, ...", bref "des agneaux tant doux" face aux Espagnols "entrés comme des loups, des lions et des tigres très cruels de longtemps affamés". Elle décrit le processus de destruction en reprenant une par une les régions conquises (Hispaniola, Cuba, la Terre Ferme,le Nicaragua, la Nouvelle Espagne, le Guatamala, etc, jusqu'à La Plata, le Pérou, le Nouveau royaume de Grenade), et en reportant des témoignages des cruautés et exactions et présentant les systèmes d'exploitation. Beaucoup de chiffres sont donnés pour insister sur l'importance des pertes démographiques et du dépeuplement.
Les Aztèques et les peuples alentours apparaissent aux parties VII et VIII de l'ouvrage, intitulées respectivement De la Nouvelle Espagne et De la Nouvelle Espagne en particulier. Les termes et formules employés mettent dramatiquement en évidence l'importance du désastre humanitaire : rien qu'à la page 135, Las Casas parle de grands désordres et tueries, d'injustice, de violence et de tyrannies, de déconfitures, cruautés, tueries, dégâts, destructions de villes, pilleries, de choses les plus graves et les plus abominables, d'actes diaboliques, ....Plus de quatre millions d'âmes auraient été tuées par le fer et le feu entre le 18 avril 1518 et 1530, "en 450 lieues de pays quasi à l'entour de Mexico". Et de préciser que ne sont pas comptabilisés tous ceux qui sont tués "tous les jours dans la servitude et l'oppression ordinaire". Parmi les grands massacres, Las Casas en décrit deux bien connus : d'abord, celui de Cholula (plus de 3 000 tués) , sur la route de Mexico empruntée par Cortés après s'être rallié les Tlaxcaltèques, ennemis des Aztèques et des Cholultèques ; ensuite, la tuerie de l'enceinte du Grand Temple à Tenochtitlan (plusieurs milliers de victimes) durant la fête de Toxcal, alors que Cortés, absent de la ville, s'était fait remplacer par Pedro de Alvarado. Las Casa fait aussi rapidement référence au siège de Mexico en 1521 et de "l'horrible et épouvantable boucherie des Indiens". Il met également en évidence le raisonnement simpliste, mais pervers et cynique des conquérants, uniquement animés par l'ambition et "l'avarice diabolique" pour commettre ces "tueries et cruautés" : ces Indiens se doivent d'obéir au roi d'Espagne, même s'ils ne l'ont jamais vu, ni n'en n'ont jamais entendu parler ; ceux qui se soumettent sont mis en servitude, ceux qui ne se mettent pas dans leurs mains sont appelés des rebelles au roi, et tués ou mis en esclavage comme il se doit.
L'ensemble du pamphlet est de la même veine et l'on comprend qu'il ait pu susciter de violentes polémiques à l'époque...et bien après, tant il décrivait des Espagnols cupides, cyniques, féroces. A notre époque, nos contemporains occidentaux ont plutôt tendances à s'enthousiasmer pour ce réquisitoire, avec quelques nuances quelquefois. Sur la quatrième de couverture de la traduction traduite par Franchita Gonzalez Batlle parue aux Editions La Découverte (Paris, mai 2004), on peut lire que " Las Casas reste dans l'histoire de l'Amérique comme le premier défenseur des Indiens opprimés. Et son oeuvre demeure un document unique, une source de première main, un réquisitoire parfois insoutenable." Et de citer Télérama : " Ce petit livre-là vous plante définitivement une épine dans le coeur. Avec quatre siècles d'avance, un rapport d'Amesty International : même ton précis, même souci d'accumuler détails et exemples." Et de citer également L'Express : " Texte court et foudroyant où ce dominicain dénonce l'holocauste perpétué au nom du Christ et de l'or, et témoigne le premier de la dignité du "sauvage". " Sur la quatrième de couverture d'une autre traduction de Jacques de Miggrode, parue aux Editions 1001 Nuits (Paris, octobre 1999), on peut lire que le texte de Las Casas peut être considéré " comme le texte fondateur de l'anticolonialisme ". Les propos sont parfois plus nuancés, ainsi dans l'article de Wikipédia dédié à la Brévisima relacion de la destruccion de las Indias, il est écrit que "l'oeuvre de Las Casa se veut polémique, ses récits contiennent de nombreuses exagérations et présentent les évènements historiques sous l'angle souvent manichéen." Et le dictionnaire des noms propres du Petit Robert indique pour sa part (Editions 1994 - 1995) que " l'ouvrage, qui manque de nuances et contient des inexactitudes, est cependant d'une grande générosité. "
Je terminerai en revenant au livre des Editions Chandeigne, pour laisser les derniers mots à Alain Milhou et citer un petit passage de l'introduction, page 10 :
" Il ne faut pas lire la Destruction des Indes comme un rapport d'Amnesty International. Ce n'est pas un simple catalogue d'atteintes aux droits de l'homme, et c'est même beaucoup plus qu'un pamphlet. C'est un texte qui s'appuie sur une théologie rigoureuse du droit naturel, issu de saint Thomas d'Aquin. Mais c'est aussi un dénonciation prophétique des persécutions subies par une Eglise potentielle dont les membres sont les Indiens, baptisés et non-baptisés. Las Casas voit en eux l'image du Christ flagellé, comme le suggère le détail de la gravure de De Bry figurant en couverture (...) ".
Lecteurs, à vos livres !
dimanche 22 mai 2011
(1) LA DESTRUCTION DES INDES de BARTOLOMÉ de LAS CASAS (1ère partie)



mardi 17 mai 2011
LA SORCIERE ET LE CONQUISTADOR, UN ROMAN DE DIDIER GROSJEAN ET CLAUDINE ROLAND
Résumé sur le dos du livre : "15 février 1519 : l'empereur aztèque Moctezuma apprend que des hommes blancs viennent d'aborder la côte mexicaine sur des "montagnes flottantes". Cortés et ses guerriers viennent conquérir son empire. Le jeune Aztèque Tlacotzin assiste à la tragique et sanglante épopée qui mène les Espagnols de Vera Cruz à Tenochtitlan-Mexico. Déchiré entre son amour pour son peuple et sa soeur, la belle et inquiétante Malintzin, Tlacotzin vivra jusqu'au bout la tragédie des siens. Cortés est-il, comme le croit Moctezuma, la réincarnation de Quetzacoatl, le dieu blanc qui doit revenir de l'au-delà des mers ?"mardi 10 mai 2011
"MONTEZUMA"

Comme elle apparaît grandiose, dans ce livre (MONTEZUMA, Edition Fayard 1994), la vie de l’empereur Montezuma, Huey Tlahtoani Colhuatecuhtli Moteuczoma Xocoyotzin, le Grand Orateur et Seigneur des Colhuas, Montezuma le Vénérable Cadet (pour le distinguer du premier Montezuma), souverain de l’Anahuac, le monde connu.
En 252 pages seulement et neuf chapitres, M. Graulich réussit l’exploit de nous décrire le monde aztèque au faît de sa puissance et de ses certitudes, dans la formidable ascension du petit peuple errant des Mexicas, avant les signes et présages avant-coureurs d’une catastrophe, à travers le souverain à l’éducation princière, grand guerrier conquérant, réformateur, chef intransigeant et sans scrupule, être orgueilleux placé au dessus des humains.
Ces chapitres ont les suivants : (1) L’ascension des Mexicas. (2) L’éducation d’un prince aztèque. (3) La guerre du soleil levant. (4) Les années de réforme. (5) Premières campagnes. (6)La vie quotidienne d’un souverain mexicain. (7) L’époque du Feu nouveau. (8) Les signes avant-coureurs de la chute de l’empire. (9) L’empire à son apogée.
Mais d’emblée on comprend que le Seigneur du monde connu est au cœur d’un cercle vicieux d’un ordre fragile dont l’extension spatiale et la recherche de toujours plus de richesses deviennent des buts en soi, alors même qu’il est écrit qu’il doit fatalement disparaître à terme. Dans cet ordre instable, écrit Michel Graulich page 55, « un chef devait se montrer très généreux, voire humilier ou obliger ses rivaux par ses prodigalités. Si ceux-ci n’étaient pas en mesure d’en faire autant, ils perdaient la face et admettaient leur infériorité. L’État devait donc se défendre et payer (ou récompenser). Pour cela, il lui fallait s’emparer de richesses de plus en plus importantes au fur et à mesure que l’empire grandissait. Il était pris dans un cercle vicieux. Pour conserver les nouvelles acquisitions, il fallait des armées, des alliés et donc des tributs. Pour se procurer ces moyens, il fallait conquérir et accroître l’empire. Pour protéger ces nouvelles conquêtes, il fallait de nouveaux trésors et de nouvelles guerres. » Dans la conception du monde et selon les mythes des Mésoaméricains, cet empire dominateur est la 5ème ère, le 5è Soleil où dominent les dieux des Mexicas : Tezcatlipoca et Huitzilopochtli, qui ont chassé le dieu du 4ème Soleil, Quetzalcoatl le Serpent à plumes, car chaque Soleil est l’enjeu d’une lutte entre les divins frères ennemis Tezcatlipoca et Quetzalcoatl dans laquelle l’un chasse l’autre et domine en alternance. Et nécessairement, Quetzalcoatl doit revenir et détruire le Soleil aztèque. Le grand empereur est alors le maître d’un monde à l’évidente précarité.
Alors, en définitive, comme elle est pitoyable, dans ce livre, la vie du pauvre Montezuma, prince rempli de terreurs superstitieuses, maître angoissé d’un monde qu’il sait voué à disparaître, pathétique dans ses ruses et traquenards pour repousser les Espagnols puis pour se les acoquiner, pris rapidement au piège des ambitions sans scrupules des conquistadores.
En 178 pages seulement, six chapitres et un épilogue, M. Graulich nous décrit avec génie la pièce de la catastrophe, depuis l’arrivée des « être sortis de l’eau céleste » au « roi tué par les siens », les actes successifs où peu à peu les évènements échappent au Seigneur de l’Anahuac au fur et à mesure de l’avance espagnole jusqu’à sa captivité en son propre palais, déshonoré, manipulé, puis le dénouement dramatique, le tlahtoani invectivé et frappé en définitive par son peuple.
Les cinq chapitres sont les suivants après les 9 premiers précités : (10) Les être sortis de l’eau céleste. (11) Le Serpent à Plumes. (12) L’empire se lézarde. (13) Les pièges de la vallée de Puebla. (14) La cité ceinte d’émeraude. (15) Le roi sacrifié.
N’y a-t-il pas plus poignant que la confrontation des deux mondes personnifiée par la première rencontre de Cortés et Montezuma, plus émouvant que le discours fataliste et soumis du souverain Mexica repris par M Graulich page 377 : « Je ne suis pas tout simplement en train de rêver, je ne suis pas uniquement en train de faire des songes, je ne vois pas ceci seulement dans mon sommeil, je ne fais pas que rêver de te voir, car je t’ai vu face à face. J’étais envahi de mauvaises impressions depuis cinq ans déjà, depuis dix ans déjà. J’ai regardé là-bas, vers l’endroit inconnu d’où tu es sorti, d’entre les nuages, d’entre les brouillards. (…) Et, maintenant, cela est arrivé, tu es venu ; tu as souffert bien des fatigues, tu es las ; approche-toi de la terre, repose-toi ; va faire connaissance avec ton palais, repose ton corps ; qu’ils approchent donc de la terre, nos seigneurs ! » (Sahagun CF 1. 12, 1983 : 81.)
Ce discours aurait sans doute mérité d’être rapproché des paroles du discours d’accueil de Montezuma, rapportées par Cortez lui-même, et qui marquent encore davantage cette allégeance : « Il y a bien longtemps que, par nos livres, nous avons appris de nos ancêtres que ni moi ni aucun de ceux qui habitent cette contrée n’en sommes les naturels ; nous sommes étrangers et nous sommes venus de pays lointains. Nous savons aussi que ce fut un grand chef, dont tous étaient vassaux, qui nous amena dans ce pays (Quetzalcóatl) ; il retourna dans sa patrie d’où il ne revint que longtemps après, et si longtemps qu’il retrouva ceux qu’il avait laissés derrière lui mariés avec les femmes de la contrée et vivant en famille dans les nombreux villages qu’ils avaient fondés. Il voulut les emmener avec lui, mais ils s’y refusèrent et ne voulurent même pas le reconnaître comme seigneur. Alors il repartit. Nous avons toujours cru, depuis, que ses descendants reviendraient un jour pour soumettre ce pays et faire de nous ses sujets ; et d’après la partie du monde d’où vous me dites venir, qui est celle où le soleil se lève, et les choses que vous me contez de ce grand seigneur ou roi qui vous a envoyés, nous croyons et tenons pour assuré que c’est lui notre seigneur naturel ; d’autant plus que, depuis longtemps, il est, dites-vous, au courant de nos affaires. Soyez donc certain que nous vous obéirons et que nous vous reconnaîtrons pour maître au lieu et place du grand roi dont vous parlez. "
Montezuma coupable jusque bout : « mort et suicidé à la fois », « prisonnier de ses mythes », « victime de ses mythes », « captif…………de son sentiment de culpabilité à l’égard d’un dieu que les Mexicas avaient persécuté ».
Lisez ce livre qui vous plonge dans l’apogée et la chute de l’empire aztèque à travers les contradictions d’un être humain.

